Voix anciennes et nouvelles
Mille voix et mille paroles sont en nous, venues avec la brise :
Les voix des ancêtres, la parole souriante de la grand-mère et celle hésitante du grand-père, celle assurée de la mère et la silencieuse du père.
Les voix d'amis, on ne les entend plus mais on se souvient de toute cette tendresse, de toute cette hardiesse. Paroles éteintes et pourtant si présentes, on ne saurait les redire mais pourtant elles sont là pour nous donner confiance ou prudence. Les rires et les voix de l'enfance, les fous rire de l'adolescence, tous ces riens qui ont fait la vie belle et les sanglots de ne pouvoir être grand, la révolte de ne pouvoir être libre, l'insouciance apparente des voix de la jeunesse et l'angoisse sous-jacente d'exister dans cette jungle. Nos paroles d'insoumission et nos paroles de recherche.
Les voix des guerres multiples avec leurs haines et leurs violences, ces guerres interminables avec leurs tortures et leurs assassinats, toute cette méfiance où nous vivions comme d'autres aujourd'hui, il fallait faire attention, ne pas dire n'importe quoi ; un mot de trop et c'était le trou !
Les voix religieuses qui parlaient de paradis et d'enfer et les voix secrètes qui parlaient d'espoir.
Les voix non exprimées des animaux qui demandent justice, les voix silencieuses des végétaux qui demandent respect et aussi celles des minéraux qui crient l'espérance comme toutes ces pierres précieuses qui n'existent pas pour rien. Ces voix portées par le vent !
Il souffle en nous, il tourne en farandole pour nous envahir de sa puissance ; le vent qui se révolte et prend sa course comme le cyclone si dévastateur et quand tout est brisé il faut bien se calmer. La reconstruction suit la destruction !
Ou bien les ouragans moins violents qui ne saccagent qu'une région de notre espace intérieur, la poussière des conservatismes s'envolent de tous côtés, les barrières des racismes volent en éclats et les murs des dogmatismes se fendent pour laisser entrer tous les vents.
Puis quand le temps devient beau, que les nuages disparaissent, que l'intensité électrique de l'air s'amenuise, quand tout redevient normal on est un autre homme, la violence a disparu et pourtant on sait qu'elle fait partie de nous.
On cherche, on ne trouve pas, où est donc notre moi ancien, une douce brise pleine de sagesse a pris place dans notre espace et enfin on peut reposer son esprit. Toutes les questions sans réponses sont abandonnées, toutes les peurs sont endormies, toutes les injustices sont là présentes mais font moins
mal.
La brise amène avec elle quelques gouttes d'eau venues dont ne sait où, quelques papillons pour jouer avec les fleurs et quelques douces stimulations pour nous réveiller. La brise humide éveille la nature trop contrariée par les rafales inattendues, elle rassure les insectes et les oiseaux qui peuvent sortir pour se nourrir et les fleurs sont charmées par ces douces caresses. Elle rend la nature meilleure et l'homme moins méchant. Et la nuit, la brise s'endort doucement !
( vers 2004 )