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paysages et écriture
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23 mars 2011

Les poissons volants

Une légère brise me soufflait au visage ; des vagues dorées mouraient contre les rochers. Les mouettes semblaient jouer avec les poissons qui bondissaient du côté du rivage. Le ciel rougeoyait  de toutes parts.
Un vieil homme descendit d'une barque et vint à ma rencontre très désireux de dialogue. Je lui posais beaucoup de questions : sur la région, sur les coutumes des habitants, sur les pécheurs, sur les animaux marins et leurs origines.
C'est lui qui me raconta la terrible histoire des poissons.
Autrefois, à l'aurore de la création, les poissons volaient parés de plumes colorées.
Ciel merveilleux, une multitude de petits poissons rouges volants, des gros rougets avec des ailes d'hirondelle, des thons noirs volant comme les éperviers, des petits requins armés de becs et de serres des aigles, des raies avec des ailes de chauve-souris. Tout ce petit monde vivait en bonne intelligence , ils se nourrissaient d'herbes et personne ne mangeait personne.
Les poissons construisaient leurs nids, chacun à sa manière, dans les arbres et dans les haies, l'un avec des branchages, l'autre avec de la paille. Au moment de l'envol des petits, le ciel était constellé de poissons volants, chatoyants comme un arc en ciel.
Quelques uns étaient mécontents de leurs sorts et décidèrent de faire un congrès de protestation. Ils scandaient :" des insectes, des mouches, nous voulons, nous voulons "
Ils invitèrent comme arbitre l'ange supérieur et se réunirent dans la forêt. Le calme régnait, la nuit dissimulait toute chose, l'ange vint au milieu d'eux ; il fut décidé que chaque espèce regagnerait son territoire et se contenterait de la nourriture autorisée.
La carpe volante se mit à parler plus que tout le monde, on s'étonnait de la voir frôler les étangs rêvant de s'y installer définitivement.
Enfin, ils se révoltèrent à l'unanimité ; le ciel vibrait des cris stridents de la révolution !
L'ange gérant décida avec l'accord de sa hiérarchie, de faire pleuvoir cent jours et cent nuits pour punir ces malotrus.
L'eau montait, les terres devenaient rares, les poissons volants s'affolèrent et envièrent les eaux.
Noé, avertit en songe de l'imminence du désastre, rassembla les animaux encore vivants et les fît rentrer dans l'arche. La mer se gonflait, se gonflait, l'eau emportait tout, plus d'arbre, plus de forêt, plus de paysage. Beaucoup de poissons volants demandèrent asile à Noé qui leur ouvrit la grande porte de l'arche.
Au quatre vingt dix neuvième jour, Noé demanda un volontaire pour aller repérer une terre.
" D'accord " dit la carpe et elle s'envola. Elle ne revint pas car elle trouva un étang sur une montagne et elle décida d'y finir ses jours.
Puis la pluie cessa, tous les poissons s'envolèrent !
" Chacun doit construire sa vie librement " dirent-ils.
L'ange autoritaire commençait à s'agiter. Décidément , il ne pouvait plus contrôler ses ouailles, il était outré par leur individualisme. Pour se venger de leurs conduites, il décida de faire un pacte avec le diable.
- " Envoie leur une maladie qui détruise leurs ailes "
- " Que me donneras-tu à la place ? "
- " Le pouvoir sur tous les poissons "
- " Épatant " dit le diable.
Un vent corrosif rogna leurs ailes, ils commencèrent à vaciller et tombèrent un à un lamentablement dans l'immense océan ; la moitié moururent, les autres se mirent à nager et devinrent  des virtuoses.
Ils se déclarèrent une guerre sans merci, les plus gros mangent les plus petits, des monstres marins mangèrent les vivants et les morts et devinrent plus gros que les baleines.
Le diable s'incarna dans une sirène pour être plus proche de ses fidèles amis et pour les dominer à jamais.
Depuis ce jour fatal, elle devint méchante, hargneuse et elle se mit à harceler les poissons, elle les trouvait trop mous et ne supportait pas de les voir s'endormir dans les algues. Pour lui échapper, ils décidèrent d'organiser une grande migration !
Le vieil homme leva la tête et me regarda puis il tendit sa casquette pour une obole !

( vers l'an 2000 )

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