Un père malade ( fiction )
Il savait que ses jours étaient comptés, une maladie du pancréas en phase terminale. Il n'avait qu'un espoir, revoir le visage de sa petite fille blonde et bouclée qu'il avait abandonnée à six ans.
Il l'imaginait belle, grande, svelte, peut-être était-il grand-père, sa seule fille, il l'aurait voulu heureuse.
Dans un brouillard, il revoyait sa vie passée, ses disputes avec sa femme et cette petite fille si douce et si innocente, un vrai rayon de soleil.
Il ne regrettait rien de sa vie d'aventures et de sa rupture familiale ! Très satisfait, il ne pensait pas avoir fait souffrir cet enfant, elle avait sa mère !
Elle l'accueillerait les bras ouverts, elle devait se souvenir de lui, elle serait heureuse de le revoir après ces trente ans d'absence. Elle devait être riche, sans problème d'argent. Il l'imaginait comme une reine, dans une grande ville, avec deux enfants et un mari conciliant. Peut-être ferait-elle une place à son père, une toute petite place loin de l'hôpital.
Un jour, elle entra belle et fière, s'avança vers lui comme un ouragan, allait-elle le gifler ? elle ne lui accorda aucun regard !
Il pensa :" elle me ressemble, très colérique, elle se calmera, elle comprendra "
Elle lui adressa des paroles définives de reproches et d'adieu .
Après son départ en claquant la porte, il ne lui restait aucun espoir !
Cette lettre du Conseil général l'avait mise dans une grande colère. On aurait retrouvé son père ruiné, très malade et on lui demandait à elle de payer les frais d'hospitalisation et une pension alimentaire.
Elle n'avait jamais souhaité le revoir, elle avait un profond dégoût de ce soi disant père dont elle se souvenait très peu. Elle irait quand même le voir puisque c'était indispensable et lui dirait ces quatre vérités.
Elle appréhendait cette rencontre, elle se souvenait d'un être égoïte, lâche, violent. Bien sûr, elle n'avait pas eu à souffrir de cette brutalité mais à cause de son père, l'ambiance était infernale.
Un jour, il partit et abandonna sa femme et son enfant.
Quand elle le vit, ridé, barbu, les cheveux sales, le visage grimaçant, elle eut peur et resta paralysée. Il tourna vers elle un regard de chien battu, elle détourna son regard. Le visage jeune et blond avait fait place à un spectre au ventre ballonné qui lui donnait la nausée.
Elle ne l'embrassa pas, elle continuait à le haïr !
Elle lui dit :" Je ne m'occuperai pas de toi, c'est la dernière fois que je te vois, tu nous as fait assez souffrir.
Si on m'oblige, je payerai et c'est tout. "
Elle rentra à la maison, signa un chèque et décida d'oublier à jamais ce père.